mardi 8 janvier 2013
The Time You Need a Friend, du rire aux larmes
The Time You Need a Friend s’apparente comme une énième commande grivoise de la part de John Woo, alors qu'en fait il s'agit d'une œuvre charnière dont l'importance reste encore sous-évalué par les soi-disant "spécialistes" du monsieur : comme Hard Boiled fut une apothéose de son cinéma à Hong Kong, comme Windtalkers fut une apothéose aux Etats-Unis, The Time You Need a Friend est en fait la boucle finale de son cycle "comédies", encore plus occidental dans l'esprit, plus touchant, plus personnel et surtout plus réflexif. Pourtant, c’était loin d'être gagné, Woo en avait alors plus qu'assez d'enchainer les comédies pour la Golden Harvest et ne résiste pas à l'offre des compères Raymond Wong et Karl Maka, alors patrons de la Cinema City (dont le but était de contrecarrer les grands studios, en offrant plus de liberté à leurs réalisateurs), qui lui proposent de faire des films qui sont plus dans ses cordes. Hélas, la société tombe entre de mauvaises mains et Woo se retrouve obligé de tourner à nouveau des comédies pour leur compte (l'affligeant Run Tiger Run et le film précité), sauf qu'il essayera d'investir le plus de thèmes personnels.
A vrai dire, le film s'éloigne par de nombreux aspects de la comédie cantonaise type : déjà l'humour reste essentiellement basé sur des querelles et des gags visuels compréhensibles pour un public profane, le fond moral qui ressemble beaucoup aux films de Frank Capra avec une louchée de bons sentiments et un optimisme débordant, de plus, il accumule les clins d’œil au cinéma muet et au monde du spectacle. Un peu comme Man on the Moon, Woo instille un regard cru sur le public et leur rapport aux artistes, qui doivent faire fi de leurs tracas personnels pour amuser le public sur commande. Car les deux thèmes principaux que traite dans ce film sont l'amitié et la vieillesse. Les deux héros du films sont en fait deux acteurs retraités, des anciens amis et partenaires, qui pour la bonne cause vont devoir rejouer ensemble et oublier leurs différents. Cette relation tendue est relativement bien montrée, d'autant que les acteurs évitent le surjeu pour la plupart (sauf le papy cardiaque, surmaquillé au possible) et le casting se montre composé d'illustres inconnus (en dehors du vétéran Sun Yueh, le boss de Chow Yun Fat dans City on Fire), rajoutant un certain crédit aux situations tragiques du film, car il s'avère parfois plus proche du drame que de la comédie. Je parlais avant de portée réflexive, elle est surtout présente dans la dernière demi-heure du film où les masques tombent et nos deux amis se rendent comptent que les temps changent, que ce qui était drôle il y a 30 ans ne l'est plus aujourd'hui et qu'il sont en train d'être oubliés de tous, faute d'avoir perdu son temps et de ne pas avoir su s'adapter. Toute cette pensée triste lors du plan final qui renvoie à l'avenir cinématographique de Woo, qui allait enfin réaliser ses projets personnels, ainsi qu'a celui de nos héros qui se donnent corps et âme pour leur public.
Finalement je reprocherais au film de ne pas avoir cru suffisamment à sa portée dramatique et d'avoir caviardé des gags pas toujours appropriés, surtout quand ceux-ci sont étirés inutilement sans apporter grand chose à l'histoire, mais ça reste une très bonne surprise qui a su m'émouvoir de temps à autre et confirme une fois encore que John Woo sous-estime à tort la qualité de certains de ses premiers films.
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