lundi 7 janvier 2013

Nightmare Detective 2, "Hors du rêve, tu es seul"


Shinya Tsukamoto est agaçant. Agaçant car il est sûrement en train de se construire l'une des plus brillantes filmographies du cinéma tous pays confondus. S'il reste l'un des plus grands, c'est surtout parce qu'il a un style inimitable ET qu'il s'est jamais permis de lui faire faux-bond, d'autant qu'a l'inverse d'un Tony Scott obligé de réinventer sa mise en scène, il ne vieillit pas.


Le principal regret du premier Nightmare Detective résidait dans le fait que la caméra Tsukamotesque servait avant tout de gimmick avant toute réelle réappropriation du genre, bien que le résultat reste à mille coudées d'autres prods J-Horror. Cette fois fini l'intrigue prétexte pour prouver qu'il pouvait rentrer dans le rang, place à un regard plus poussé et intime sur ce personnage nébuleux qu'est le Nightmare Detective. Tsukamoto a décidé de ne plus se retenir, si il est toujours entouré d'une équipe technique professionnelle et s'est limité aux postes les plus importants, sa caméra tremblotante se fait terriblement vivace et le montage y est carrément fou : jump cuts en pagaille, fondus enchainés à la pelle, des envies de montage rarement vues chez lui. D'autant que la photo est absolument magnifique avec ses teintes sépia, prenant le contre-pied de l'image froide et bleutée du premier volet. Cela colle parfaitement avec l'atmosphère triste et désenchantée du film. C'est peut être la seule fois que Tsukamoto réalise un film pessimiste dans sa carrière, si tout les personnages de ses autres films se fourvoyait dans la débauche, c’était pour mieux souligner leur énergie loin d'un monde oppressant écrasant toute individualité. Le Nightmare Detective était un personnage dont on savait très peu de choses, cette suite lui est entièrement dédié et l'on ne peut pas dire que sa vie soit géniale.


Son don de voir dans les rêves semble pour lui plus un fardeau, qu'un véritable cadeau de la nature. Obligé de vivre dans la solitude et comble du malheur, sauver des gens qui ne lui donnent rien en retour, le Nightmare Detective semble au bord du gouffre, condamné à revivre en permanence son pire cauchemar, celui de la destruction involontaire de sa famille. Le monde du cauchemar, c'est une piste qu'avait trop brièvement exploré Tsukamoto dans le premier film, cette fois sera un passage très important du film, alternant parfois très sournoisement rêve et réalité. Sa mise en scène plus sensitive que jamais nous immerge totalement dans un monde tordu, beaucoup plus poignant et réussi. A vrai dire, ND 2 est surement le plus humain de ses films, celui où le talent visuel parvient à toucher le spectateur au plus profond de lui-même, comme ce plan final d'une simplicité mais touchant par son insistance concluant de la plus triste des façons ce diptyque. 

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