lundi 31 décembre 2012
Tango, la comédie noire revue par Leconte
On limite souvent Patrice Leconte a son rôle de technicien pour les comédies populaires écrites par les membres du Splendid (les Bronzés restant certainement son plus grand succès public), or celui-ci a très vite voulu se défaire de ce statut et prouver qu'il pouvait être un "auteur" (du moins dans la définition que l'on se fait de la chose en France, autrement dit : bannir la moindre accointance avec le cinéma de genre). Si le film de la transition, Tandem, s’était avéré être un véritable coup de boule dans les gencives où le contre-emploi était le maitre-mot, les films suivants eux, se montreront moins convaincants et pire, afficheront une austérité due à leur prétention de vouloir plaire à la critique.
Mais tout cela s'avère amplement excusé par ce Tango sorti de nulle part, dans une époque creuse de son oeuvre et qui s'avère être tout simplement un de ses meilleurs films, ainsi qu'une des comédies noires les plus couillues jamais faites en France. Prenez la forme très élaborée du cinéma de Leconte depuis Tandem, saupoudrez là d'un esprit vulgaire beauf à la Bertrand Blier et vous avez la recette de Tango : une comédie faussement arty, prenant à revers les schémas habituels (à vrai dire, je comprends pourquoi le film reste assez peu connu et disponible uniquement à l'étranger en dvd) et qui nous propose un rire différent, quelque chose de sombre et cynique. Sur la base d'un road movie, Leconte brise littéralement les conventions du genre et se lance dans une odyssée machiste où la finesse de l'écriture n'a d'égal que l'excellence de la mise en scène, ce mélange saugrenu entre élégance et grossièreté est pour beaucoup dans le charme indicible de cet OVNI trop polémique pour être fédérateur. Si l'humour ne fonctionne pas toujours, le film a au moins le mérite d'aller jusqu'au bout de son délire pince-sans-rire où les "héros" s'avèrent aussi attachants que grotesques dans leur façon d'agir (Noiret et Lhermitte y sont remarquables, l'un en gros beauf total et l'autre en mari dupé qui ne sait choisir sa cause).
Parce que c'est limite dans son propos et dans son ton, parce qu'on manque cruellement de choses originales en France, parce que Leconte s'avère un cinéaste plus qu’intéressant tant dans ses réussites que dans ses échecs (on pourra jamais lui reprocher de manquer d'éclectisme, c'est sur), Tango se doit d'être sorti de l'oubli une bonne fois pour toutes.
vendredi 7 décembre 2012
The Sunchaser, le déchirant adieu de Michael Cimino
"May beauty be all around me"
Il est encore difficile aujourd'hui de considérer l'ampleur de la courte filmographie de Michael Cimino, 7 films en 30 ans de carrière, c'est peu mais pourtant mis bout à bout (en dehors de Desperate Hours qui reste à ses yeux qu'une simple commande alimentaire) chaque film se pose comme une pierre d'un édifice artistique incroyable racontant à chaque fois l'histoire de l'Amérique à travers ses mythes et ses réalités , se posant cette question "Qu'est ce que veut dire, être Américain ?". Un cinéaste qui a toujours subi l'incompréhension des critiques et des majors qui n'y voient pour les uns, qu'un gourou de l'Amérique réactionnaire et pour les autres, une perte considérable de temps et d'argent, raison principale pour laquelle aujourd'hui Cimino n'est pas prêt à retourner derrière une caméra, trop fatigué de devoir se battre pour ses idéaux. Mais tout cela n'est pas grave, car son dernier long métrage sera l'occasion de boucler la boucle une bonne fois pour toutes et condenser deux heures tout ce qu'il n'avait jamais pu faire jusque là, tout en restant dans les codes du cinéma populaire américain avec ce road movie sur fond de prise d'otages qui va prendre des allures mystiques. Difficile pour moi de surpasser ce qui s'annonce comme une oeuvre-somme, le film le plus important des années 90 avec Dead Presidents, rien que ça.
Ayant enfin acquis l'indépendance qu'il avait perdue lors de la débâcle de Heaven's Gate avec The Sunchaser, Cimino n'en oublie pas son passé avec Dino DeLaurentiis et garde une trame narrative extrêmement simple, accessible pour le public normal (il y a beaucoup de degrés de lecture qui s'entrecroisent dans ce film, c'est remarquable). Sa mise en scène classique prend sens dans la caractérisation des personnages et de leurs rapports sociaux dans l'Amérique d'aujourd'hui, d'un côté un médecin bourgeois amateur de belles bagnoles et vivant une classe huppée et de l'autre un jeune délinquant de 16 ans, inéduqué au premier abord, vivant dans un climat social trouble et peu enclin à suivre les règles imposées par la société vont être mis face à face dans leurs différences et se rendre compte malgré eux du problème qui ronge l'Amérique d'aujourd'hui : le fait que cette terre d'accueil préfère cultiver l'indifférence et les inégalités, dans des futilités d'usage (appât du gain, carriérisme, égoïsme), là où beaucoup de réalisateurs prendrait un film entier sur la chose, il ne faut que 30 minutes à Cimino pour poser un regard lucide, plein d’amertume mais quelque part optimiste sur un pays qui perd peu à peu ses idéaux.
Le film aurait pu s'en arrêter là, mais la subtilité de Cimino est telle qu'il va employer une narration à rebours, comme un oignon dont on ôterait progressivement ses nombreuses peaux pour arriver au cœur, la pureté absolue de l'âme humaine. Plus nos compères avancent vers leur eldorado plus les enjeux matériels s'amincissent : le docteur attaché à ses objets, va balancer tout ce qui lui appartient, devenir moins donneur de leçons, tandis que Blue, lui va montrer une intelligence, une grandeur d'âme que n'importe quel être humain n'aurait pu soupçonner. Ils représentent le yin et le yang, deux opposés mais qui réunis sont quelque part le juste milieu d'une société telle que l'imagine Michael Cimino : une société égalitaire qui ne regarderait pas la race, n’effectuerait aucun jugement moral et s'attacherait à montrer ce que chaque individu à de meilleur en lui (Blue le montrera à plusieurs reprises).
Comme je l'ai dit le film adopte une narration à rebours, à travers le motif du road-movie, Sunchaser
demeure à mes yeux un voyage dans le temps, où l'on passe des grands
espaces urbains sans charme et sans vie de Los Angeles, aux bourgades
rétrogrades qui furent le chainon manquant entre le Far West et
l'Amérique moderne, jusqu'au réserves indiennes qui restent le dernier
vestige ce qui fut l'Amérique d'autrefois. Car contrairement à ses
congénères auquel il est souvent comparé comme Eastwood ou Costner,
Cimino insiste lourdement sur le fait que l'Amérique n'est pas née avec
les cowboys et tient à rétablir la vérité sur les fondements de la
pensée américaine censée s'ouvrir aux différentes cultures et non les
détruire (rien d’étonnant à cela, puisque l'Amérique est une terre
d'immigrés en tout genres). Sunchaser
parle aussi de croyance, dans le sens le plus large du terme, la
différence entre le médecin et le prisonnier, c'est que l'un est cynique
par sa formation et ne croit donc donc au mysticisme, alors que Blue
base tout ses espoirs dessus pour espérer guérir de sa maladie incurable
par la médecine traditionnelle, par là le film sous-entend qu'il vaut
parfois mieux croire en quelque chose jusqu'au bout même si cela ne se
concrétise pas, plutôt de rester les bras et réfuter la moindre parcelle
d'espoir, c'est probablement la plus grande leçon qu'il aura a lui
offrir et à nous spectateurs par la même occasion.
Difficile de retenir ses larmes devant un voyage aussi beau, plein
d'espoir et qui nous donne foi en ce pays aussi bordélique que
l'Amérique. C'est l’œuvre d'un amoureux, qui serait prêt à tout pour
défendre ses valeurs nobles, merci pour pour tout monsieur Cimino, si
seulement un réalisateur parvenait à atteindre un centième de la pureté
de votre film, qu'il en soit loué et vous pourrez mourir tranquille.
lundi 30 avril 2012
Ken, quand la voie du Sabre détruit les Hommes
Qui mieux que Kenji Misumi est capable de retranscrire l'intensité du pessimisme de Yukio Mishima, auteur obsédé par la discipline physique et morale du Japon féodal ? Le Sabre réussit le tour de force de détonner dans la filmo très portée sur le film en costumes de Kenji Misumi en choisissant un cadre contemporain, ce qui ne nuit en aucun cas au talent visuel de son auteur qui semble plus inspiré que jamais à marquer cette œuvre de ses obsessions : la peur du monde moderne et la perte des valeurs japonaises.
L'histoire est centré sur un club universitaire de kendo dont l'un des membres nommé Kokubo prend la discipline très à cœur (un alter-égo de Mishima) , passant son temps à s'entrainer pour gagner un championnat important et pousse aussi ses camarades à la même rigueur personnelle, sauf que cette volonté n'est pas partagée car préférant les plaisirs faciles. L'un d'entre eux va même instiller une rivalité où tout est prétexte à déstabiliser l'autre et prouver que toute cette histoire de discipline n'est une mascarade. Misumi filme d'ailleurs très peu de combats pour mieux cerner ce qu'il passe dans la vie d'un combattant. Selon Mishima, un vrai combattant ne fléchit jamais et ne redevient pas un homme lambda après l'entrainement, il y a tout un cheminement tant physique que psychique qui s'applique à l'individu en toutes circonstances, toute défaillance à ce cheminement devient intolérable et ne peut finir que par la mort. Telle est la vision sans concession du kendo par Mishima, mise brillamment en images dans un scope noir et blanc d'une beauté renversante qui transcende un propos percutant.
Le Sabre est une œuvre au fond et à la noirceur très japonaises, qui nous montre que le Japon se perd à force de relâchement et pressent aussi l'avenir de la société japonaise où tout le monde semble voué à des grandes études pour ensuite finir comme salaryman dans un bureau. On est loin des grands guerriers vaillants qui endossaient leurs responsabilités sans broncher et qui avaient une certaine force de caractère. Si l'extrémisme de l'auteur pourra choquer, il n'en reste pas moins intriguant et met son pays face au miroir de ses échecs. Un chef d'oeuvre unique dans la carrière de Kenji Misumi qui doit trôner fièrement dans les dvdthèques de tous les amoureux du réalisateur, de Mishima et des arts martiaux tout simplement qui en trouveront là une représentation sublime de leur talents respectifs.
Showgirls, le film polémique de Paul Verhoeven
Showgirls se situe entre deux films majeurs de la carrière américaine de Paul Verhoeven. Déjà bien installé dans le système hollywoodien en tâtant d'abord du cinéma d'anticipation qu'il a su exploiter avec brio, puis en laissant parler ses désirs cinéphiles avec son hommage hitchcockien avec Basic Instinct dont le succès commercial lui laissera les pleins pouvoirs financiers pour réaliser ce qui aurait dû être son œuvre la plus ambitieuse : The Crusades. Hélas, malgré l'accord de la tête d'affiche Arnold Schwarzennegger, le film s'embourba dans les méandres du developpement hell, laissant le projet à l'état embryonnaire même si un scénario signé par Walon Green a circulé. Quelque peu enragé par ce qu'il a considéré comme sa plus grande douleur de cinéaste, Verhoeven va miser toute sa réputation sur un projet qui sent l'opportunisme : le duo Verhoeven/Eszterhas se réunit à nouveau pour un film très axé cul, mais la variante qui fait pencher la balance en leur faveur, c'est l'incroyable liberté de ton dont ils ont disposé pour monter Showgirls.
Doté d'un budget colossal (50 millions de $), le film possède la particularité unique d'être le seul gros film de studio a avoir bénéficié d'une classification NC-17 (qui équivaut à une interdiction aux moins de 18 ans chez nous et lui interdit toute campagne promo à la télé et à la radio), lui assurant donc un ton radical, quasi-pornographique. Mais c'est surtout le fait qu'un cinéaste étranger ait réussi à faire plier la machine hollywoodienne à ses exigences qui rend Showgirls fascinant à plus d'un égard, en tournant une œuvre qui critique sans langue de bois toute la vicissitude de la société américaine, qui l'étale sans états d'âme quitte à tomber pieds joints dans le vulgaire. En plaçant l'action à Las Vegas surnommé "Sin City", Verhoeven retrouve la frange violente et directe qui composait le principam intérêt de sa période hollandaise, fini les discours déguisés dans des actionners SF, place à une oeuvre qui nous place dans une réalité tellement dure et crasseuse qu'elle nous parait aberrante : les hommes sont avides de sexe et usent de leur pouvoir ; les femmes, elles, n'hésitent pas à jouer le jeu de la promotion canapé pour arriver à leurs fins, le tout dissimulé dans un univers de paillettes et de musique.
Que l'on soit directeur de casino ou un simple portier, on veut tous se taper la petite strip-teaseuse d'un cabaret miteux ou bien la grande danseuse d'un show soi-disant "prestigieux" (les numéros de danse à ce titre là sont parfois limites, avec même une simulation de viol !), pour Verhoeven ça ne fait pas de différence, l'homme et la femme sont voués éternellement à se manipuler l'un, l'autre, le statut social n'y est pour rien, seul le pouvoir de domination du sexe compte. Showgirls n'est donc pas l'apologie d'une société machiste, qui vend de la fesse en gros, mais un vrai regard misanthrope et insolent sur une société hypocrite qui a toujours défendu des valeurs puritaines mais qui possède en son sein une ville entièrement dédié au vice, paradoxal, non ? J'irais même jusqu'a dire qu'il s'agit du plus hollandais de ses films américains, certes ses deux périodes ont parfois eu des correspondances thématiques (on pourrait citer par exemple Le Quatrième Homme qui n'est pas sans rappeler Basic Instinct) mais Showgirls ressemble à s'y méprendre à Katie Tippel (on pourrait presque parler de remake), qui racontait l'histoire d'une paysanne qui accédait à un nouveau statut social en utilisant son corps et en apprenant les "règles" du milieu. Sauf que la naive paysanne hollandaise s'est transformée en une femme fatale calculatrice aux States, difficile de faire plus éloquent comme jugement....
Pas étonnant de voir un tel film se ramasser une réputation critique assez désastreuse, vu qu'il pointe du doigt de façon insistante sur notre propre attirance pour le sexe et qu'il en joue perpétuellement pour mieux nous mettre mal à l'aise : on pense le voir pour se rincer l'oeil mais c'est au final, un putain d'uppercut que l'on prend dans la mâchoire, tellement sec et brut de décoffrage qu'il marque durablement. Pour cela, c’était la moindre des choses de rendre un petit hommage à ce film bien trop méprisé.
vendredi 20 avril 2012
Nemesis, un must 90's des vidéo-clubs
Albert Pyun est quand même un sacré gars dans l'industrie du DTV, ayant appris le métier sous l'égide du grand Akira Kurosawa dont il fut l'assistant, se vouant à réaliser des œuvres ambitieuses mais qui a fini par enquiller les tournages commando (il est réputé pour tourner ses films entre 5 et 10 jours) où il essaya de mêler sa passion pour le western, le chambara et la SF à travers des micro-budgets. Pyun est un auteur dans le sens où son œuvre est cohérente en dehors de quelques commandes et que l'on arrive à reconnaitre son travail en une poignée de plans, ce qui lui donnera une aura culte auprès des rats de vidéo-clubs dont je fis partie, bien loin des techniciens interchangeables qui œuvraient dans le même secteur.
Comme tout bon stakhanoviste qui se respecte, Pyun aura enchainé avec plus ou moins de réussite les films, mais il aura marqué les années 90 avec un bon paquet de films dont le désespérément inédit Nemesis qui reste son plus gros budget et l'un de ses plus gros musts commerciaux. Après avoir bossé pour la Cannon et repris la franchise Kickboxer, on peut dire notre ami Albert était alors en pleine ascension et en profite pour réaliser ce film d'action futuriste avec la future micro-star du DTV, le frenchie Olivier Gruner et ses acolytes habituels (Brion James, Tim Thomerson, Thom Matthews, Yuji Okumoto devant la caméra et l'incontournable George Mooradian à la photo) dans la droite lignée de ce a quoi il nous avait habitué : des cyborgs, de l'action, des entrepôts désaffectés, de l'action, des héros mutiques, de l'action....
Du bourrin donc, mais du bon !
Un pur actionner cyberpunk fier de ses emprunts (de Blade Runner à Terminator en passant par Sergio Leone et même Alan Clarke !), dégraissé de tout les défauts facepalmesques de Mister Pyun tout en gardant ses qualités avec une réalisation au steadycam super énergique et une photo de très haute volée (même si Mooradian fera encore mieux avec Postmortem, Crazy Six et Mean Guns). Il est bien dommage qu'un dvd de bonne qualité ne soit pas disponible pour en profiter au maximum, mais bon on est habitué à voir les œuvres de Pyun malmenés sur support numérique, entre les recadrages assassins, les absences de compatibilité 16/9 ou les colorimétries foireuses.
A noter que trois suites (!) désastreuses seront tournées dans la foulée mais sans grand rapport avec le premier opus, donc aucune raison de regretter une éventuelle découverte dans les bacs à soldes, vous économiserez une poignée de centimes pour des achats plus interessants je l'espère.
mercredi 18 avril 2012
Invasion USA, fallait pas emmerder Chuck...
Ah Chuck....Chuck....Son nom fait frémir les bourgeois et saliver les beaufs en manque de castagne. C'est à coups de lattes dans la gueule qu'il a laissé son empreinte
"Je mets les pieds où je veut et c'est souvent dans ta gueule ! Tiens dans les dents, vilain !"
Ce petit préambule mis en place, annoncer avec le plus grand sérieux du monde que Invasion USA est le chef d'oeuvre du moustachu devient beaucoup moins choquant. Je ne vous rebattrai pas les oreilles en ressortant le sempiternel sous-texte politique reaganien, qui est ici fièrement assumé et que nombre de chroniques faussement complaisantes se sont chargés de trainer dans la boue. Mais c'est oublier qu'il s'inscrit dans la droite lignée du cinéma d'action américain des années 80, celui de Mark Lester, la Cannon et de Joel Silver, on exacerbe l'image du héros patriotique en décuplant ses attributs physiques (il est invincible et hérite de pouvoirs de téléportations qui le font toujours débarquer au bon endroit), sans pour autant ignorer le second degré (les fameuses punchlines en sont le symbole le plus flagrant) qui permet de désamorcer l'aspect too much et contribue à cet élan de sympathie que j'éprouve toujours pour ces films qui sont mille fois plus jouissifs et revisionnables que leurs petits-fils actuels qui n'ont pas encore trouvé un ton convaincant qui leur permettra de passer le cap des années. On pourra critiquer Invasion USA sur différents aspects, mais il a la qualité d'assumer ce qu'il est, c'est-à-dire un gros divertissement comic-book, en ne prenant jamais le spectateur pour un con qui plus est. On est venu voir Chuck botter du fion de coco et on y aura droit !
"C'est fini, Rostov..."
Chuck se relaxe pépère devant un épisode de Walker Texas Ranger
mardi 17 avril 2012
Femme dans Un Enfer d'Huile, le film testament de Gosha
Nous sommes en 1992, Hideo Gosha allait réaliser sans le savoir sa dernière œuvre avant de nous quitter brusquement quelques semaines après sa sortie, pourtant, il est difficile après vision du film Femme dans Un Enfer d'Huile de lui retirer son aura crépusculaire, voire prémonitoire sur le sombre devenir du metteur en scène japonais. En effet, son précédent film Kagero entamait déjà un bilan d'une carrière pleine de hauts et de bas, de différents genres brassés mais avec un regard plus léger et surtout plus "bis" comme s'il savait qu'il ne pourrait jamais revenir à cette forme de cinéma, mais Femme, quant à lui, c'est la maturité d'un style arrivé à son terme.
Après une décennie entière consacrée aux films en costumes qui marquait un changement esthétique frappant, où le découpage nerveux fit place à une succession de lents plans séquences, qui d'après son chef opérateur attitré (Fujio Morita) serait dus à la maladresse de Gosha, qui avait bien du mal à segmenter ses séquences, dénotant donc un certain manque de confiance chez lui (difficile de croire cela de la part de l'homme derrière des bijoux comme Goyokin, Quartier Violent ou Hitokiri). Cette confiance en lui, il va la retrouver et exploser les limites de son travail avec une mise en scène complexe qui va servir un récit dégraissé de toutes ses aspérités socio-politiques pour se recentrer sur son but ultime : réhabiliter le cinéma de la chair, sensuel et organique où l'on sent véritablement la forme vivre et nous immerger dans un monde de plaisirs cruels.
Le sexe comme seul lien possible entre les hommes et les femmes ? Quand on voit la vision qui en est faite, on est en droit de répondre par l'affirmative tant la misanthropie de Gosha atteint ici son paroxysme, les hommes utilisent les femmes et vice-versa, sans jamais chercher un semblant d'âme chez l'autre, ni même d’espérer un peu d'amour vu que seul le plaisir charnel semble compter. Quelque part cette vision désenchantée et terriblement réaliste des rapports humains n'est pas sans rappeler le controversé Showgirls de Paul Verhoeven, qui cachait sous un vernis crade et vulgaire, une véritable réflexion sur la place du sexe dans l'évolution sociale et surtout dans la fabulation d'une société machiste qui abuserait de la faiblesse des femmes, ce qui n'est entendu pas le cas, puisque les femmes parviennent aussi quand elles souhaitent à leurs fins. Comme Verhoeven, Gosha ne fait que rappeler les rapports hommes/femmes ne sont qu'une éternelle loterie où chacun finit par dominer l'autre en le tenant par ses désirs, chacun y trouve son compte au final et tout est beau dans le meilleur des mondes en somme (ou presque...).
Voilà en somme la principale raison de découvrir cette œuvre lourde de sens, intemporelle dont la beauté plastique n'a d'égal que la richesse de son propose assené avec une justesse rare, celle d'un cinéaste qui aura vu défiler les décennies avec pertes et fracas mais qui était alors au dessus de tout désidérata commercial, libre de s'exprimer comme bon lui semble.
lundi 16 avril 2012
El Mercernario/Companeros, la quintessence du western italien
Sergio Corbucci et moi, c'est une grande histoire d'amour, plus qu'un Sergio Leone dont le culte est indéniable dans le western italien, plus qu'un Sergio Sollima plus axé politique et moins enclin aux mélanges des genres, il est pour moi la définition même du western spaghetti : un mélange contre-nature d'émotions et de mythologies, où la violence nihiliste côtoie l'humour cynique tout en y instillant parfois une légère satire politique. Bref on est pas là pour brosser les mythes dans le sens du poil, on veut s'en prendre plein les mirettes et en avoir pour notre argent !
Jusque là catalogué comme un faiseur bis aux accents violents avec des films comme Navajo Joe, Le Grand Silence et surtout Django (1966) qui le fera connaitre, il va lancer avec El Mercenario la seconde phase de son travail, où l'humour tient une place prépondérante dans le récit sans pour autant se montrer parodique (on est plus dans une ironie latine), ni contredire la violence d'un background chaotique (ici, la Révolution Mexicaine, départ de toutes les trahisons et prises de pouvoir). Corbucci a toujours eu comme mot d'ordre de ne jamais se prendre au sérieux et de nous faire rire de choses affreuses, filmant avec désinvolture des exécutions publiques ou en exagérant un pseudo-duel léonien que la sublime musique symphonique d'Ennio Morricone se charge d'intensifier à son paroxysme.
El Mercenario et Companeros, sortis respectivement en 1968 et 1970, sont indubitablement des films jumeaux, auquel ils partagent la même structure narrative (l'occidental cynique face au naïf peon mexicain dans le foutoir de la Révolution) et surtout la même équipe (De l'indispensable Franco Nero, à l'improbable Jack Palance en passant le maestro Ennio Morricone qui réalise là ses deux plus belles partitions) qui se regardent comme deux variations sur le même thème, chacune ayant une raison d'être : El Mercenario est plus léger et classique dans son déroulement, alors que Companeros est décomplexé, tout en rendant son propos encore plus grave. Quoi qu'il en soit, difficile de ne pas prendre de plaisir face à ces deux cadeaux faits aux spectateurs avides de flingages et de bonnes vannes, c'est bien là tout le génie de Sergio Corbucci !
J'ai hâte de découvrir un jour le troisième volet de cette saga "Révolutionnaire" sobrement intitulé (sic) Mais Qu'est ce Que Je Viens Foutre au Milieu de Cette Révolution ? (1974) qui annonce la couleur de l'orientation beaucoup plus parodique de la carrière de Corbucci (et du western italien plus globalement), après un Far West Story (1972) qui clôt de façon magistrale un cycle incontournable.
dimanche 15 avril 2012
Electra Glide in Blue, l'anti-Easy Rider ?
C'est un fait, Easy Rider aura marqué un tournant dans l'histoire du cinéma américain, celui de l'avènement du Nouvel Hollywood : une nouvelle vague de réalisateurs, formés à la cinéphilie et qui vivent avec leur époque, rejetant de fait le système de studios mis en place, avec des films à contenu politique qui encourageaient une liberté des mœurs. Cette idéologie s'effondrera à la fin des années 70, même si déjà des films "réacs" se tournaient entre temps, Electra Glide in Blue qui est sorti en 1973, reste l'un des plus oubliés mais pourtant l'un des plus beaux de ce courant alternatif. Cri d'amour à l'Amérique des grands espaces, celle du western fordien, des valeurs fondamentales et du héros idéaliste, voilà un film qui tranche avec la tendance de l'époque et qui n'hésite jamais à prendre en ridicule Easy Rider (et vu ce que je pense du film de Hopper, je trouve ça pas plus mal...).
La particularité la plus surprenante du film est certainement son équipe technique : tout d'abord, il s'agit de l'unique film du musicien James William Guercio, qui n'a eu aucune éducation cinématographique au préalable en dehors d'un visionnage intensif de la Prisonnière du Désert durant son enfance, mais il s'est entouré de prestigieux techniciens, du chef opérateur Conrad Hall au préparateur des cascades de Bullitt et French Connection pour réussir à faire un film de qualité malgré le budget riquiqui et les contraintes de temps. Le cinémascope retrouve toute sa grandeur et on sent un amour démésuré pour son sujet, chaque plan semble nous dire "This is America", car c'est la véritable motivation utopiste de notre ami Guercio.
Oui, les temps changent, les moeurs aussi. Electra Glide in Blue, en exacerbant les mythes américains à travers le regard d'un petit flic de bourgade qui s'imagine inspecteur (le générique d'ouverture est à ce titre très éloquent), va progressivement basculer dans un désenchantement tant moral que sociétal. Si j'ai parlé d'anti-Easy Rider, qui sont effectivement opposés politiquement parlant, pour autant les deux films se rejoignent dans cette impossibilité de concilier deux idéologies et deux générations, d'un côté les hippies libertaires et de l’autre les policiers garants de la loi (et de l'Etat républicain par essence), qui préfèrent les flingues aux discussions. En réalité Electra Glide in Blue condense en moins de 90 minutes, ce qui compose l'histoire américaine, une société née dans la violence et qui continue encore de répéter toujours ses erreurs, tout en gardant un vrai attachement à ses fondamentaux (après tout la Constitution Américaine n'a jamais été réformée depuis son écriture, par exemple).
Un très grand film qui en vous apprendra certainement bien plus que de nombreux cours d'histoire réunis, un grand merci à Wild Side d'avoir exhumé cette perle qui parlera à tout les cinéphiles de goût !
Yohkiroh, le Royaume des Geishas
La carrière cinématographique de Hideo Gosha se divise en deux époques bien distinctes, la première qui s'étend de 1962 à 1979 et qui s'applique à présenter un cinéma éminemment masculin, furieux et graphique, passé un hiatus de trois ans, il nous revient plus transformé que jamais, en s'ouvrant à des regards féminins dans des univers masculins et cela jusqu’à la fin de sa vie (il décédera en 1992). Yohkiroh, le deuxième film de ce cycle "féminin" qui fait suite à l'anecdotique Onimasa (Dans l'Ombre du Loup), marque la rupture définitive avec le Gosha d'avant.
Une rupture thématique ET stylistique, puisque qu'il abandonne son imagerie obscure pour quelque chose de plus classique avec une immense fresque en costumes, sans séquences d'action et tourné dans un format pano 1.85. Est-ce que cela est une perte dommageable ? Pas le moins du monde, Gosha se paye le luxe de réinventer sa manière de travailler et d'aller ainsi vers une évolution plus que nécessaire dans une industrie qui était alors en train de se remettre en question, chose que nombre de ses contemporains auront bien eu du mal à faire. A partir de là, il deviendra l'un des derniers baroudeurs a travailler au sein des grosses compagnies avec des budgets conséquents et à réussir à attirer les spectateurs en salles. Une sentence assez surprenante quand on voit les sujets intimes que traite Gosha et son refus affiché du spectaculaire pour s'attacher à des personnages ambivalents, dévorés par leurs désirs égoïstes.
Yohkiroh raconte donc les différentes histoires qui entourent une maison de geisha, des rivalités entre filles, aux guerres de pouvoir entre yakuzas avec un regard bien plus optimiste que Kinji Fukasaku dans son bijou résigné The Geisha House (1999), car il n'a pas ses velléités contestataires mais surtout qu'il cherche avant tout l'humanité de ses protagonistes dans un monde où tout est apparence : que dire du masque inexpressif affiché par Ken Ogata, dissimulant son chagrin passé pour s'adonner cyniquement à son activité de proxénète ; des riches clients de bordels que les filles doivent sans cesse flatter, quitte à dissimuler les "accidents" (c-a-d des naissances) ; enfin de la ridicule hiérarchisation de l'univers de la prostitution selon laquelle une geisha serait plus respectable, qu'une "pute" classique.
Sans être le plus réussi, ni même le plus personnel du second cycle de Gosha, Yohkiroh montre surtout l'image d'un cinéaste capable de livrer de passionnantes épopées intimes et sensuelles.
samedi 14 avril 2012
Gonin, le polar surréaliste de Takashi Ishii
Les asiatiques ont ce don incroyable de mélanger les genres et souvent les plus improbables, la saga Gonin est un cas de figure type puisqu'il propose de lier le polar et le cinéma fantastique. Partant d'un schéma plus bateau tu meurs, celui d'un groupe de cinq gars réunis pour aller braquer des yakuzas, le film va progressivement basculer dans une ambiance surréaliste quand interviennent deux tueurs homosexuels (l'un d'eux est joué par Takeshi Kitano d'ailleurs) chargés d'éliminer toute la petite bande, un par un. Issu de l'imagination dérangée du réalisateur Takashi Ishii, un mangaka de formation, Gonin réinvente à sa manière le polar et lui donne une dimension graphique inouïe aidé en cela par un découpage très serré, de superbes compositions et des jeux de lumières organiques.
Comme une BD, chaque personnage est présenté de façon très sommaire, de façon à le définir en quelques plans : le patron de night-club dépassé mais sage, le yakuza chien fou, l'escroc travesti, le salaryman psychopathe et l'ex-flic à la gâchette facile. Des figures pas forcément attachantes, mais Ishii se permet d'instiller une tension sexuelle entre les différents personnages et surtout de mettre les nerfs du spectateurs à rude épreuve à partir du moment où le casse se déroule, à partir de là, on peut dire que l'on assiste à une insoutenable marche funèbre où la mort peut foudroyer nos infortunés compagnons d'une seconde à l'autre. Dès lors, Gonin se montre cruel et touchant à la fois, car leurs "vrais" visages se révèlent, donnant ce supplément d'âme qui manquait tant à la première moitié du métrage.
A mon sens, ce film reste la réussite majeure de ce monsieur trop méconnu chez nous qu'est Takashi Ishii (également auteur de la superbe ode féministe Freeze Me, même sa suite de Gonin dont je vous parlerai bientôt, est restée inédite) et surtout l'un des meilleurs polars japonais des années 90.
Il ne vous reste plus qu'a vous procurer le sympathique dvd z2 sorti chez Metropolitan (VOSTFR, 1.85 16/9) si ce n'est pas déjà fait.
School on Fire, de bruit et de fureur
School on Fire est une date dans la carrière du cinéaste Ringo Lam et dans l'histoire du cinéma hongkongais, parce qu'il conclut tout d'abord une trilogie magistrale sur les institutions qu'il avait initié l'année précédente avec City on Fire (suivi dans la foulée de Prison on Fire) qui marquait l'avènement d'un regard nouveau et profond à travers un genre codé (le polar) et une industrie alors en plein boom économique qui n'avait de cesse de reprendre les recettes qui fonctionnent jusqu’à plus soif. Mais cet opus possède quelque chose que ses deux prédécesseurs n'ont pas : c'est son détachement relatif à un quelconque genre et à une déontologie purement chinoise qui veut que l'on ne "doit" pas parler de problèmes sociétaux de manière directe, chose à laquelle Ringo Lam s'est toujours mis en porte-a-faux et lui aura posé pas mal de problèmes par la suite.
En effet, School on Fire sera le premier film maudit de sa carrière et se verra interdit, avant d'être censuré (la version intégrale peut être considérée comme perdue) lui ôtant quelques rares passages explicites montrant l'influence néfaste des triades sur les écoles, qui sont de véritables plateformes pour vendre de la came ou faire de la prostitution. Pourtant jamais à un seul instant, on peut accuser Lam de faire dans le racoleur et le gratuit tant sa vision ne s’embarrasse pas d'un quelconque pathos ou d'une violence injustifiée, il n'a même pas besoin de nous montrer les activités des triades à vrai dire pour nous choquer.
Ce qui est très alarmant, c'est qu'en à peine dix petites minutes, le spectateur aura compris qu'il observe une société malade, avec des institutions qui s'effondrent littéralement sous nos yeux (la scène de l'incendie de la bibliothèque est pour moi la plus signifiante du film) : la police est inefficace et l'éducation n'apporte aucun soutien, ni perspectives d'avenir à tel point que devenir un gangster devient une porte de sortie tout à fait raisonnable. Personne n'est tout est fait innocent dans cette dérive et la solution n'est pas donnée, preuve que Lam est observateur mais jamais donneur de leçons, c'est aussi la retranscription dans sa forme brute de son style : quoi qu'il arrive les choses ne pourront jamais aller mieux.
D'ailleurs son travail ne s'en remettra jamais non plus, puisque qu'il devra alterner commandes qu'il s'amusera à détourner (Touch and Go, Burning Paradise) et films personnels (The Adventurers, Full Contact, The Suspect ou Full Alert) qui n'auront plus la puissance formelle et rageuse de ce diamant noir ancré dans une époque bénie des dieux pour le cinéma.
Le film est donc disponible en dvd à Hong Kong, dans une copie qui respecte l'imagerie brute de décoffrage mais avec des sous-titres anglais uniquement, ou alors en VCD qui de souvenir semble être moins censuré que son homologue dvd, même si la version complète ne verra certainement plus jamais le jour.
Inscription à :
Articles (Atom)




































