Sergio Corbucci et moi, c'est une grande histoire d'amour, plus qu'un Sergio Leone dont le culte est indéniable dans le western italien, plus qu'un Sergio Sollima plus axé politique et moins enclin aux mélanges des genres, il est pour moi la définition même du western spaghetti : un mélange contre-nature d'émotions et de mythologies, où la violence nihiliste côtoie l'humour cynique tout en y instillant parfois une légère satire politique. Bref on est pas là pour brosser les mythes dans le sens du poil, on veut s'en prendre plein les mirettes et en avoir pour notre argent !
Jusque là catalogué comme un faiseur bis aux accents violents avec des films comme Navajo Joe, Le Grand Silence et surtout Django (1966) qui le fera connaitre, il va lancer avec El Mercenario la seconde phase de son travail, où l'humour tient une place prépondérante dans le récit sans pour autant se montrer parodique (on est plus dans une ironie latine), ni contredire la violence d'un background chaotique (ici, la Révolution Mexicaine, départ de toutes les trahisons et prises de pouvoir). Corbucci a toujours eu comme mot d'ordre de ne jamais se prendre au sérieux et de nous faire rire de choses affreuses, filmant avec désinvolture des exécutions publiques ou en exagérant un pseudo-duel léonien que la sublime musique symphonique d'Ennio Morricone se charge d'intensifier à son paroxysme.
El Mercenario et Companeros, sortis respectivement en 1968 et 1970, sont indubitablement des films jumeaux, auquel ils partagent la même structure narrative (l'occidental cynique face au naïf peon mexicain dans le foutoir de la Révolution) et surtout la même équipe (De l'indispensable Franco Nero, à l'improbable Jack Palance en passant le maestro Ennio Morricone qui réalise là ses deux plus belles partitions) qui se regardent comme deux variations sur le même thème, chacune ayant une raison d'être : El Mercenario est plus léger et classique dans son déroulement, alors que Companeros est décomplexé, tout en rendant son propos encore plus grave. Quoi qu'il en soit, difficile de ne pas prendre de plaisir face à ces deux cadeaux faits aux spectateurs avides de flingages et de bonnes vannes, c'est bien là tout le génie de Sergio Corbucci !
J'ai hâte de découvrir un jour le troisième volet de cette saga "Révolutionnaire" sobrement intitulé (sic) Mais Qu'est ce Que Je Viens Foutre au Milieu de Cette Révolution ? (1974) qui annonce la couleur de l'orientation beaucoup plus parodique de la carrière de Corbucci (et du western italien plus globalement), après un Far West Story (1972) qui clôt de façon magistrale un cycle incontournable.







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