dimanche 15 avril 2012
Yohkiroh, le Royaume des Geishas
La carrière cinématographique de Hideo Gosha se divise en deux époques bien distinctes, la première qui s'étend de 1962 à 1979 et qui s'applique à présenter un cinéma éminemment masculin, furieux et graphique, passé un hiatus de trois ans, il nous revient plus transformé que jamais, en s'ouvrant à des regards féminins dans des univers masculins et cela jusqu’à la fin de sa vie (il décédera en 1992). Yohkiroh, le deuxième film de ce cycle "féminin" qui fait suite à l'anecdotique Onimasa (Dans l'Ombre du Loup), marque la rupture définitive avec le Gosha d'avant.
Une rupture thématique ET stylistique, puisque qu'il abandonne son imagerie obscure pour quelque chose de plus classique avec une immense fresque en costumes, sans séquences d'action et tourné dans un format pano 1.85. Est-ce que cela est une perte dommageable ? Pas le moins du monde, Gosha se paye le luxe de réinventer sa manière de travailler et d'aller ainsi vers une évolution plus que nécessaire dans une industrie qui était alors en train de se remettre en question, chose que nombre de ses contemporains auront bien eu du mal à faire. A partir de là, il deviendra l'un des derniers baroudeurs a travailler au sein des grosses compagnies avec des budgets conséquents et à réussir à attirer les spectateurs en salles. Une sentence assez surprenante quand on voit les sujets intimes que traite Gosha et son refus affiché du spectaculaire pour s'attacher à des personnages ambivalents, dévorés par leurs désirs égoïstes.
Yohkiroh raconte donc les différentes histoires qui entourent une maison de geisha, des rivalités entre filles, aux guerres de pouvoir entre yakuzas avec un regard bien plus optimiste que Kinji Fukasaku dans son bijou résigné The Geisha House (1999), car il n'a pas ses velléités contestataires mais surtout qu'il cherche avant tout l'humanité de ses protagonistes dans un monde où tout est apparence : que dire du masque inexpressif affiché par Ken Ogata, dissimulant son chagrin passé pour s'adonner cyniquement à son activité de proxénète ; des riches clients de bordels que les filles doivent sans cesse flatter, quitte à dissimuler les "accidents" (c-a-d des naissances) ; enfin de la ridicule hiérarchisation de l'univers de la prostitution selon laquelle une geisha serait plus respectable, qu'une "pute" classique.
Sans être le plus réussi, ni même le plus personnel du second cycle de Gosha, Yohkiroh montre surtout l'image d'un cinéaste capable de livrer de passionnantes épopées intimes et sensuelles.
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