lundi 30 avril 2012
Showgirls, le film polémique de Paul Verhoeven
Showgirls se situe entre deux films majeurs de la carrière américaine de Paul Verhoeven. Déjà bien installé dans le système hollywoodien en tâtant d'abord du cinéma d'anticipation qu'il a su exploiter avec brio, puis en laissant parler ses désirs cinéphiles avec son hommage hitchcockien avec Basic Instinct dont le succès commercial lui laissera les pleins pouvoirs financiers pour réaliser ce qui aurait dû être son œuvre la plus ambitieuse : The Crusades. Hélas, malgré l'accord de la tête d'affiche Arnold Schwarzennegger, le film s'embourba dans les méandres du developpement hell, laissant le projet à l'état embryonnaire même si un scénario signé par Walon Green a circulé. Quelque peu enragé par ce qu'il a considéré comme sa plus grande douleur de cinéaste, Verhoeven va miser toute sa réputation sur un projet qui sent l'opportunisme : le duo Verhoeven/Eszterhas se réunit à nouveau pour un film très axé cul, mais la variante qui fait pencher la balance en leur faveur, c'est l'incroyable liberté de ton dont ils ont disposé pour monter Showgirls.
Doté d'un budget colossal (50 millions de $), le film possède la particularité unique d'être le seul gros film de studio a avoir bénéficié d'une classification NC-17 (qui équivaut à une interdiction aux moins de 18 ans chez nous et lui interdit toute campagne promo à la télé et à la radio), lui assurant donc un ton radical, quasi-pornographique. Mais c'est surtout le fait qu'un cinéaste étranger ait réussi à faire plier la machine hollywoodienne à ses exigences qui rend Showgirls fascinant à plus d'un égard, en tournant une œuvre qui critique sans langue de bois toute la vicissitude de la société américaine, qui l'étale sans états d'âme quitte à tomber pieds joints dans le vulgaire. En plaçant l'action à Las Vegas surnommé "Sin City", Verhoeven retrouve la frange violente et directe qui composait le principam intérêt de sa période hollandaise, fini les discours déguisés dans des actionners SF, place à une oeuvre qui nous place dans une réalité tellement dure et crasseuse qu'elle nous parait aberrante : les hommes sont avides de sexe et usent de leur pouvoir ; les femmes, elles, n'hésitent pas à jouer le jeu de la promotion canapé pour arriver à leurs fins, le tout dissimulé dans un univers de paillettes et de musique.
Que l'on soit directeur de casino ou un simple portier, on veut tous se taper la petite strip-teaseuse d'un cabaret miteux ou bien la grande danseuse d'un show soi-disant "prestigieux" (les numéros de danse à ce titre là sont parfois limites, avec même une simulation de viol !), pour Verhoeven ça ne fait pas de différence, l'homme et la femme sont voués éternellement à se manipuler l'un, l'autre, le statut social n'y est pour rien, seul le pouvoir de domination du sexe compte. Showgirls n'est donc pas l'apologie d'une société machiste, qui vend de la fesse en gros, mais un vrai regard misanthrope et insolent sur une société hypocrite qui a toujours défendu des valeurs puritaines mais qui possède en son sein une ville entièrement dédié au vice, paradoxal, non ? J'irais même jusqu'a dire qu'il s'agit du plus hollandais de ses films américains, certes ses deux périodes ont parfois eu des correspondances thématiques (on pourrait citer par exemple Le Quatrième Homme qui n'est pas sans rappeler Basic Instinct) mais Showgirls ressemble à s'y méprendre à Katie Tippel (on pourrait presque parler de remake), qui racontait l'histoire d'une paysanne qui accédait à un nouveau statut social en utilisant son corps et en apprenant les "règles" du milieu. Sauf que la naive paysanne hollandaise s'est transformée en une femme fatale calculatrice aux States, difficile de faire plus éloquent comme jugement....
Pas étonnant de voir un tel film se ramasser une réputation critique assez désastreuse, vu qu'il pointe du doigt de façon insistante sur notre propre attirance pour le sexe et qu'il en joue perpétuellement pour mieux nous mettre mal à l'aise : on pense le voir pour se rincer l'oeil mais c'est au final, un putain d'uppercut que l'on prend dans la mâchoire, tellement sec et brut de décoffrage qu'il marque durablement. Pour cela, c’était la moindre des choses de rendre un petit hommage à ce film bien trop méprisé.
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