lundi 30 avril 2012

Ken, quand la voie du Sabre détruit les Hommes



Qui mieux que Kenji Misumi est capable de retranscrire l'intensité du pessimisme de Yukio Mishima, auteur obsédé par la discipline physique et morale du Japon féodal ? Le Sabre réussit le tour de force de détonner dans la filmo très portée sur le film en costumes de Kenji Misumi en choisissant un cadre contemporain, ce qui ne nuit en aucun cas au talent visuel de son auteur qui semble plus inspiré que jamais à marquer cette œuvre de ses obsessions : la peur du monde moderne et la perte des valeurs japonaises.
 

L'histoire est centré sur un club universitaire de kendo dont l'un des membres nommé Kokubo prend la discipline très à cœur (un alter-égo de Mishima) , passant son temps à s'entrainer pour gagner un championnat important et pousse aussi ses camarades à la même rigueur personnelle, sauf que cette volonté n'est pas partagée car préférant les plaisirs faciles. L'un d'entre eux va même instiller une rivalité où tout est prétexte à déstabiliser l'autre et prouver que toute cette histoire de discipline n'est une mascarade. Misumi filme d'ailleurs très peu de combats pour mieux cerner ce qu'il passe dans la vie d'un combattant. Selon Mishima, un vrai combattant ne fléchit jamais et ne redevient pas un homme lambda après l'entrainement, il y a tout un cheminement tant physique que psychique qui s'applique à l'individu en toutes circonstances, toute défaillance à ce cheminement devient intolérable et ne peut finir que par la mort. Telle est la vision sans concession du kendo par Mishima, mise brillamment en images dans un scope noir et blanc d'une beauté renversante qui transcende un propos percutant.


Le Sabre est une œuvre au fond et à la noirceur très japonaises, qui nous montre que le Japon se perd à force de relâchement et pressent aussi l'avenir de la société japonaise où tout le monde semble voué à des grandes études pour ensuite finir comme salaryman dans un bureau. On est loin des grands guerriers vaillants qui endossaient leurs responsabilités sans broncher et qui avaient une certaine force de caractère. Si l'extrémisme de l'auteur pourra choquer, il n'en reste pas moins intriguant et met son pays face au miroir de ses échecs. Un chef d'oeuvre unique dans la carrière de Kenji Misumi qui doit trôner fièrement dans les dvdthèques de tous les amoureux du réalisateur, de Mishima et des arts martiaux tout simplement qui en trouveront là une représentation sublime de leur talents respectifs.

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