mardi 17 avril 2012
Femme dans Un Enfer d'Huile, le film testament de Gosha
Nous sommes en 1992, Hideo Gosha allait réaliser sans le savoir sa dernière œuvre avant de nous quitter brusquement quelques semaines après sa sortie, pourtant, il est difficile après vision du film Femme dans Un Enfer d'Huile de lui retirer son aura crépusculaire, voire prémonitoire sur le sombre devenir du metteur en scène japonais. En effet, son précédent film Kagero entamait déjà un bilan d'une carrière pleine de hauts et de bas, de différents genres brassés mais avec un regard plus léger et surtout plus "bis" comme s'il savait qu'il ne pourrait jamais revenir à cette forme de cinéma, mais Femme, quant à lui, c'est la maturité d'un style arrivé à son terme.
Après une décennie entière consacrée aux films en costumes qui marquait un changement esthétique frappant, où le découpage nerveux fit place à une succession de lents plans séquences, qui d'après son chef opérateur attitré (Fujio Morita) serait dus à la maladresse de Gosha, qui avait bien du mal à segmenter ses séquences, dénotant donc un certain manque de confiance chez lui (difficile de croire cela de la part de l'homme derrière des bijoux comme Goyokin, Quartier Violent ou Hitokiri). Cette confiance en lui, il va la retrouver et exploser les limites de son travail avec une mise en scène complexe qui va servir un récit dégraissé de toutes ses aspérités socio-politiques pour se recentrer sur son but ultime : réhabiliter le cinéma de la chair, sensuel et organique où l'on sent véritablement la forme vivre et nous immerger dans un monde de plaisirs cruels.
Le sexe comme seul lien possible entre les hommes et les femmes ? Quand on voit la vision qui en est faite, on est en droit de répondre par l'affirmative tant la misanthropie de Gosha atteint ici son paroxysme, les hommes utilisent les femmes et vice-versa, sans jamais chercher un semblant d'âme chez l'autre, ni même d’espérer un peu d'amour vu que seul le plaisir charnel semble compter. Quelque part cette vision désenchantée et terriblement réaliste des rapports humains n'est pas sans rappeler le controversé Showgirls de Paul Verhoeven, qui cachait sous un vernis crade et vulgaire, une véritable réflexion sur la place du sexe dans l'évolution sociale et surtout dans la fabulation d'une société machiste qui abuserait de la faiblesse des femmes, ce qui n'est entendu pas le cas, puisque les femmes parviennent aussi quand elles souhaitent à leurs fins. Comme Verhoeven, Gosha ne fait que rappeler les rapports hommes/femmes ne sont qu'une éternelle loterie où chacun finit par dominer l'autre en le tenant par ses désirs, chacun y trouve son compte au final et tout est beau dans le meilleur des mondes en somme (ou presque...).
Voilà en somme la principale raison de découvrir cette œuvre lourde de sens, intemporelle dont la beauté plastique n'a d'égal que la richesse de son propose assené avec une justesse rare, celle d'un cinéaste qui aura vu défiler les décennies avec pertes et fracas mais qui était alors au dessus de tout désidérata commercial, libre de s'exprimer comme bon lui semble.
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