samedi 14 avril 2012

School on Fire, de bruit et de fureur



School on Fire est une date dans la carrière du cinéaste Ringo Lam et dans l'histoire du cinéma hongkongais, parce qu'il conclut tout d'abord une trilogie magistrale sur les institutions qu'il avait initié l'année précédente avec City on Fire (suivi dans la foulée de Prison on Fire) qui marquait l'avènement d'un regard nouveau et profond à travers un genre codé (le polar) et une industrie alors en plein boom économique qui n'avait de cesse de reprendre les recettes qui fonctionnent jusqu’à plus soif. Mais cet opus possède quelque chose que ses deux prédécesseurs n'ont pas : c'est son détachement relatif à un quelconque genre et à une déontologie purement chinoise qui veut que l'on ne "doit" pas parler de problèmes sociétaux de manière directe, chose à laquelle Ringo Lam s'est toujours mis en porte-a-faux et lui aura posé pas mal de problèmes par la suite.



En effet, School on Fire sera le premier film maudit de sa carrière et se verra interdit, avant d'être censuré (la version intégrale peut être considérée comme perdue) lui ôtant quelques rares passages explicites montrant l'influence néfaste des triades sur les écoles, qui sont de véritables plateformes pour vendre de la came ou faire de la prostitution. Pourtant jamais à un seul instant, on peut accuser Lam de faire dans le racoleur et le gratuit tant sa vision ne s’embarrasse pas d'un quelconque pathos ou d'une violence injustifiée, il n'a même pas besoin de nous montrer les activités des triades à vrai dire pour nous choquer.
Ce qui est très alarmant, c'est qu'en à peine dix petites minutes, le spectateur aura compris qu'il observe une société malade, avec des institutions qui s'effondrent littéralement sous nos yeux (la scène de l'incendie de la bibliothèque est pour moi la plus signifiante du film) : la police est inefficace et l'éducation n'apporte aucun soutien, ni perspectives d'avenir à tel point que devenir un gangster devient une porte de sortie tout à fait raisonnable. Personne n'est tout est fait innocent dans cette dérive et la solution n'est pas donnée, preuve que Lam est observateur mais jamais donneur de leçons, c'est aussi la retranscription dans sa forme brute de son style : quoi qu'il arrive les choses ne pourront jamais aller mieux.



D'ailleurs son travail ne s'en remettra jamais non plus, puisque qu'il devra alterner commandes qu'il s'amusera à détourner (Touch and Go, Burning Paradise) et films personnels (The Adventurers, Full Contact, The Suspect ou Full Alert) qui n'auront plus la puissance formelle et rageuse de ce diamant noir ancré dans une époque bénie des dieux pour le cinéma.
Le film est donc disponible en dvd à Hong Kong, dans une copie qui respecte l'imagerie brute de décoffrage mais avec des sous-titres anglais uniquement, ou alors en VCD qui de souvenir semble être moins censuré que son homologue dvd, même si la version complète ne verra certainement plus jamais le jour.

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