dimanche 15 avril 2012

Electra Glide in Blue, l'anti-Easy Rider ?



C'est un fait, Easy Rider aura marqué un tournant dans l'histoire du cinéma américain, celui de l'avènement du Nouvel Hollywood : une nouvelle vague de réalisateurs, formés à la cinéphilie et qui vivent avec leur époque, rejetant de fait le système de studios mis en place, avec des films à contenu politique qui encourageaient une liberté des mœurs. Cette idéologie s'effondrera à la fin des années 70, même si déjà des films "réacs" se tournaient entre temps, Electra Glide in Blue qui est sorti en 1973, reste l'un des plus oubliés mais pourtant l'un des plus beaux de ce courant alternatif. Cri d'amour à l'Amérique des grands espaces, celle du western fordien, des valeurs fondamentales et du héros idéaliste, voilà un film qui tranche avec la tendance de l'époque et qui n'hésite jamais à prendre en ridicule Easy Rider (et vu ce que je pense du film de Hopper, je trouve ça pas plus mal...).



La particularité la plus surprenante du film est certainement son équipe technique : tout d'abord, il s'agit de l'unique film du musicien James William Guercio, qui n'a eu aucune éducation cinématographique au préalable en dehors d'un visionnage intensif de la Prisonnière du Désert durant son enfance, mais il s'est entouré de prestigieux techniciens, du chef opérateur Conrad Hall au préparateur des cascades de Bullitt et French Connection pour réussir à faire un film de qualité malgré le budget riquiqui et les contraintes de temps. Le cinémascope retrouve toute sa grandeur et on sent un amour démésuré pour son sujet, chaque plan semble nous dire "This is America", car c'est la véritable motivation utopiste de notre ami Guercio.



Oui, les temps changent, les moeurs aussi. Electra Glide in Blue, en exacerbant les mythes américains à travers le regard d'un petit flic de bourgade qui s'imagine inspecteur (le générique d'ouverture est à ce titre très éloquent), va progressivement basculer dans un désenchantement tant moral que sociétal. Si j'ai parlé d'anti-Easy Rider, qui sont effectivement opposés politiquement parlant, pour autant les deux films se rejoignent dans cette impossibilité de concilier deux idéologies et deux générations, d'un côté les hippies libertaires et de l’autre les policiers garants de la loi (et de l'Etat républicain par essence), qui préfèrent les flingues aux discussions. En réalité Electra Glide in Blue condense en moins de 90 minutes, ce qui compose l'histoire américaine, une société née dans la violence et qui continue encore de répéter toujours ses erreurs, tout en gardant un vrai attachement à ses fondamentaux (après tout la Constitution Américaine n'a jamais été réformée depuis son écriture, par exemple).
Un très grand film qui en vous apprendra certainement bien plus que de nombreux cours d'histoire réunis, un grand merci à Wild Side d'avoir exhumé cette perle qui parlera à tout les cinéphiles de goût !

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