lundi 31 décembre 2012

Tango, la comédie noire revue par Leconte


 On limite souvent Patrice Leconte a son rôle de technicien pour les comédies populaires écrites par les membres du Splendid (les Bronzés restant certainement son plus grand succès public), or celui-ci a très vite voulu se défaire de ce statut et prouver qu'il pouvait être un "auteur" (du moins dans la définition que l'on se fait de la chose en France, autrement dit : bannir la moindre accointance avec le cinéma de genre). Si le film de la transition, Tandem, s’était avéré être un véritable coup de boule dans les gencives où le contre-emploi était le maitre-mot, les films suivants eux, se montreront moins convaincants et pire, afficheront une austérité due à leur prétention de vouloir plaire à la critique.


Mais tout cela s'avère amplement excusé par ce Tango sorti de nulle part, dans une époque creuse de son oeuvre et qui s'avère être tout simplement un de ses meilleurs films, ainsi qu'une des comédies noires les plus couillues jamais faites en France. Prenez la forme très élaborée du cinéma de Leconte depuis Tandem, saupoudrez là d'un esprit vulgaire beauf à la Bertrand Blier et vous avez la recette de Tango : une comédie faussement arty, prenant à revers les schémas habituels (à vrai dire, je comprends pourquoi le film reste assez peu connu et disponible uniquement à l'étranger en dvd) et qui nous propose un rire différent, quelque chose de sombre et cynique. Sur la base d'un road movie, Leconte brise littéralement les conventions du genre et se lance dans une odyssée machiste où la finesse de l'écriture n'a d'égal que l'excellence de la mise en scène, ce mélange saugrenu entre élégance et grossièreté est pour beaucoup dans le charme indicible de cet OVNI  trop polémique pour être fédérateur. Si l'humour ne fonctionne pas toujours, le film a au moins le mérite d'aller jusqu'au bout de son délire pince-sans-rire où les "héros" s'avèrent aussi attachants que grotesques dans leur façon d'agir (Noiret et Lhermitte y sont remarquables, l'un en gros beauf total et l'autre en mari dupé qui ne sait choisir sa cause).


Parce que c'est limite dans son propos et dans son ton, parce qu'on manque cruellement de choses originales en France, parce que Leconte s'avère un cinéaste plus qu’intéressant tant dans ses réussites que dans ses échecs (on pourra jamais lui reprocher de manquer d'éclectisme, c'est sur), Tango se doit d'être sorti de l'oubli une bonne fois pour toutes.


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