dimanche 6 janvier 2013
La Nurse, ne lui faites jamais confiance !
Si on a toujours célébré William Friedkin pour ses polars, il s'est aussi brillamment illustré dans le fantastique avec l’Exorciste et le moins connu la Nurse, film hautement controversé dans sa filmo puisqu'il est régulièrement cité comme un de ses plus mauvais films, ce que pense également votre serviteur sur la foi de son souvenir télévisuel datant d'il y a quelques années. Pourtant, comme j'aime bien donner une seconde chance à certaines œuvres et surtout à celles de Bill, qui ont cette particularité de s’avérer captivantes même dans l'échec (le remontage de Cruising, le méconnu Deal of The Century entre autres), le cas de la Nurse se devait d'être réexaminé une bonne fois pour toutes.
Alors ratage ou pas ratage ? Tout dépend comment l'on aborde le film, si on le voit comme une énième variation opportuniste du home invasion movie (sous-genre à tendance réac' qui connut son heure de gloire entre la fin des 80's et le début des années 90), ce qui semble évident puisque tout les codes du genre sont présents MAIS car il y a un mais, le film se distingue par une approche fantastique héritée du Suspiria de Dario Argento (la référence avouée par Bill pour ce film) où la notion de rationalité se frotte sans ciller aux événements les plus surnaturels (voire satanistes), du coup, il s’avèrerait plus logique de fureter dans cette hypothèse dans la mesure où effectivement Friedkin a compris énormément de choses de Suspiria mais aussi de l’œuvre d'Argento en général (loin d'un certain Brian De Palma qui s'est toujours rêvé en élève dépassant le maitre) : que ce soit le choix d'un acteur principal indécis, loin d'être un homme fort, ce raccordement à une imagerie quasi-féerique digne de la trilogie ésotérique du maestro italien avec cet arbre tueur sorti tout droit d'un conte mais aussi donc cette virtuosité qui intervient quand le réalisateur le souhaite (cf Ténèbres), posant dès lors les règles de son univers et ses limites, entre raffinement et zèderie assumée où une simple altercation en forêt peut virer en massacre gore digne de Story of Ricky, sans parler du final qui pousse le surréalisme dans ses derniers retranchements, William Friedkin, un schizophrène ? Ça ne fait pas l'ombre d'un doute.
Hélas, car dans ce tableau idyllique, il y a quand même pas mal de tares à notifier, notamment la psychologie qui reste anormalement simpliste là où Bill pose toujours un soupçon d’ambiguïté morale/sexuelle (là ça se limite à une simple scène de cauchemar, mais sans réelles conséquences sur le héros) quand il le faut, du coup, le supplément d'âme qui manque parfois aux films précités aurait pu jouer en faveur de la Nurse, mais s'avère être au final, un simple exercice de style qui démontre les capacités visuelles de son auteur au détriment d'une histoire pas toujours bien pensée (que penser de la scène de l'accident de vélo arrivant comme un cheveu sur la soupe ?).
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