samedi 5 janvier 2013
Dangereuse Sous Tous Rapports, un road movie emblématique des 80's
Dangereuse Sous Tous Rapports (ou Something Wild en VO, titre plus approprié) est ce genre de film qui vous cueillent sans crier gare : on s'attend tout au plus à une sympathique comédie qui fera passer nos 90 minutes réglementaires de façon agréable mais sans lendemain, mais c'est sans compter la présence d'un élément de marque, l'illustre Jonathan Demme, ancien poulain de l'écurie Corman qui est devenu par le fil des événements un réalisateur hollywoodien côté pour ses drames engagés (Philadelphia et Beloved) et surtout la célébrissime adaptation du Silence des Agneaux qui le propulsa sous les projecteurs. Pourtant, c'est un type qui revient de loin, qui se fit broyer par la machine hollywoodienne au début des années 80, à partir du moment où il s'émancipa de la galaxie Corman en allant tourner un véhicule à la gloire de Goldie Hawn (épouse de Kurt Russell, s'il vous plait), Swing Shift, un budget énorme dans lequel il avoua s'être beaucoup investi mais qui au final sera totalement défiguré par la Warner, effrayé par les idées apportées par le duo Demme/Tak Fujimoto (son chef opérateur attitré). Logiquement écœuré par ces manœuvres frauduleuses, cette expérience le poussera à se reconvertir vers la réalisation de documentaires (ce qu'il fait encore aujourd'hui) et plus surprenant, de concerts (pour les Talking Heads notamment).
Lorsqu'on on lui propose donc Something Wild, c'est un homme profondément démotivé qui se lance dans l'aventure mais quand il comprend qu'on laissera toute latitude pour réaliser ce petit film, il se laisse prendre au jeu et choisit l'intégralité de ses collaborateurs, les habitués reviennent (ses potes réalisateurs comme John Waters et John Sayles viennent faire coucou le temps de savoureux caméos) et il en profite pour caster des petits nouveaux qui feront carrière : Jeff Daniels et surtout Ray Liotta pour qui ce fut le premier grand rôle au cinéma, dans un rôle mythique d'ex-mari psychopathe sur le fil du rasoir. Mais c'est surtout sur la fraicheur de son ambiance musicale très colorée et les surprises permanentes du scénario que Demme va s'attacher, passant à l'envie de la comédie au thriller sans briser une quelconque continuité esthétique. C'est d'ailleurs ce film qui révelera au grand jour son goût très affirmé pour les bandes originales éclectiques bien avant le Goodfellas de Scorsese, avec du reggae, du rock, de la pop, de la country en fond sonore de manière permanente qui contribuent à renforcer le côté "cult movie" indéniable de mon point de vue.
Something Wild compense à peu près tout ce qui fait aimer les 80's : du fun, de la bonne musique, une esthétique mi-ringarde, mi-classe (à noter que les lumières de Fujimoto sont particulièrement subtiles et recèlent de trouvailles étonnantes) et surtout un mood comme on en voit plus. Si on me demande, j'en reprends sans hésiter !
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