lundi 7 janvier 2013
Stunt Woman, dur, dur d'être une femme...
Décidément j'aime bien le travail de Ann Hui dès qu'elle sort de ses trucs politiques, là en l’occurrence elle s'attaque à un exercice que j'adore : la mise en abime. C'est l'univers du cinéma et précisément le monde des cascadeurs à travers le portrait d'une femme qui cherche à se faire une place dans le milieu, là c'est d'autant plus intéressant que les acteurs ont été à un moment où a un autre le rôle qu'ils incarnaient (surtout Sammo Hung en figure paternaliste de chorégraphe/réalisateur, soufflant d'humanité, certainement son rôle le plus touchant), que Hui ne nous cache strictement rien des réalités du métier et par extension de la misogynie de la société chinoise.
Ah Kam est structurée en trois parties, la première s'attarde de façon documentaire aux aléas d'un tournage de Wu Xia Pian (film de sabre chinois) où les galères s'enchainent : l'intrusion de Triades sur le plateau qui foutent la merde, les égos des comédiens, les contraintes financières qui poussent à tourner de manière commando et bien sur les blessures graves que se font ces gens de l'ombre, préférant souffrir en silence pour empocher un maigre salaire que de se ménager physiquement. La seconde partie, elle verra le film glisser lentement vers le personnage d'Ah Kam et sa vie de femme, ce n’était d'ailleurs pas le souhait initial de la réalisatrice puisque Michelle Yeoh a subi une mauvaise chute pendant le tournage (triste coïncidence) et a été contrainte de minimiser son implication physique, dès lors le film change du tout au tout et aborde des thèmes plus féministes avec cette femme forte qui va devoir se plier aux exigences de la femme soumise telle qu'elle est perçue en Asie, devant renier ses passions et son amour propre pour un type qui n'a peu d'égard pour elle. Quelque part cette partie me rappelle toutes ces starlettes hongkongaises qui ont quitté le métier, juste après s’être mariées pour devoir vivre aux crochets de leurs époux (on peut citer au hasard Chingmy Yau, Amy Yip, Sharla Cheung, etc...), ce n'est pas une coïncidence puisque que Yeoh avait subi cette chose au début des années 90 en épousant le patron de la D&B, elle dut mettre un terme à sa carrière mais l'a reprise aussitôt après son divorce ! Misogyne dites-vous ?
Enfin, le film se conclut assez maladroitement et orchestre un retournement de situation exagéré qui fait retomber le film dans les travers de la production de tatanes HK, le côté documentaire et poignant du film s'en trouve très amoindri, voire décrédibilisé.
Effectivement, Ah Kam n’intéressera que ceux qui croient que Hong Kong ne se limite pas qu'aux polars et aux films de baston non-stop, c'est une vraie déclaration d'amour à un métier trop peu reconnu et un magnifique portrait de femme au sein d'un milieu machiste. Un beau film, quelque peu boiteux mais qui reste à découvrir.
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