dimanche 6 janvier 2013

Killer Joe, Friedkin est dans la place !


2012 sera vraiment l'année de tous les come-back : entre la confirmation Exp 2, le Prometheus de Ridley Scott et en attendant le prochain Walter Hill, il y en a un autre qui lui s'est définitivement fait persona non grata à Hollywood, William Friedkin, qui fait son retour en fanfare. Le wonder boy des 70's, celui des hits commerciaux French Connection et L'Exorciste (ses deux seuls films valables, à en croire les cinéphiles du dimanche), s'est métamorphosé en une sorte de polémiste de la pellicule, alternant commandes moins désinteressées qu'il n'y parait (Jade, Blue Chips), grands films malades laissant quasi-systématiquement le public sur le carreau (la seule exception étant le génial Traqué en 2003) et a fini par lasser les grands studios de sa vision sombre et pessimiste de l'âme humaine. Depuis la sortie de Bug, on peut considérer dès lors que Friedkin est entré dans le giron du cinéma indépendant, le seul qui peut lui procurer encore assez de moyens pour réaliser ce qu'il a envie et effectivement, il n'en plus rien à faire de la gloire ou du succès commercial, sa glorieuse filmo parle pour lui aujourd'hui même s'il doit se montrer patient entre deux projets.


Si Bug restait à mon sens une œuvre de transition, montrant la force tranquille de Bill sans forcément aller au bout de son propos, Killer Joe est quant à lui, une œuvre terminale, faite de haine et de violence envers une industrie (et un public) qui ne veut plus de lui. Comme son confrère Paul Verhoeven du temps de Showgirls (leur classification commune en NC-17 n'y est pas étrangère), il décide de faire l'exact inverse de ce qui est aujourd'hui la norme : on aseptise ? Bill fonce dans le tas et montre tout ce qu'il y a montrer. Il transforme une intrigue de film noir tout ce qu'il y a de plus banal et y verse un tel degré de vulgarité pure, que cela en force le respect, du full frontal en pagaille, du sexe archi-déviant, une violence filmée en gros plan mais le tout avec la force technique d'un gars qui n'a plus rien à prouver à qui que ce soit (il a gardé de Bug, le goût de la direction d'acteur et de leur emploi dans un espace clos). Une chose est sure, le film va diviser une fois encore car Bill fait absolument ce qu'il veut en termes de ton et de rythme, on peut passer d'une scène faussement légère à un tabassage d'une brutalité insoutenable et même oser passer du polar au fantastique, sans que cela ne soit incohérent. D'ailleurs, Killer Joe est certainement, outre son ton très franc, son film le plus désespéré de sa carrière. Aucun personnage ne respire la sympathie, tous ne vivent que pour assouvir leurs besoins sexuels ou monétaires, de fait le spectateur n'aura jamais le moindre point d'ancrage moral dans ce film, alors qu'il gardait jusque là une certaine ambigüité, laissant augurer d'une éventuelle prise de conscience.


C'est une œuvre sur le Mal et ses conséquences, que l'on peut voir de deux façon différentes (l'une justifiant davantage l'aspect omniscient de Joe, sa capacité à manipuler les gens et arriver à ses fins) : au premier degré, en le matant comme un polar vulgos, ou bien en le voyant surtout pour sa fascination à montrer des personnages maléfiques, McConaughey s'avère un Lucifer texan horrible et attirant à la fois, qui prend sous son emprise, une famille non sans l'avoir dominé de la façon plus abjecte possible. Et toute cette lecture "mystique" donne une aura vraiment à part à ce film, qui puise finalement pas mal dans la Nurse.


Killer Joe est donc la preuve flagrante que Bill pète la forme, qu'il est plus en guerre que jamais (sa démarche est limite punk) et qu'il a enfin réalisé son film "poil à gratter", celui qui fera figure d'exception en termes d'impact et de ressenti. Une chose est sure, nous ne regarderez plus le poulet frit de la même manière.

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