mardi 8 janvier 2013

Dead Bang, un superflic contre les fachos


Dead Bang fait partie des polars oubliés des 80's, alors que celui-ci possède à priori tout les éléments requis pour faire partie des références : un acteur principal charismatique en diable possédant encore l'aura de sa série vedette (l'excellente Miami Vice), un traitement qui évite étonnamment tous les travers usuels du polar de l'époque (on est vraiment à la lisière des 80/90's) et surtout un réalisateur de classe A, le vétéran John Frankenheimer qui met sa technique inoxydable au service d'un récit idéalement construit. Dead Bang démarre comme un polar urbain poisseux où la patte de son metteur en scène nous saute au visage avec axes penchés et grand angle à la hongkongaise et également où Don Johnson brise littéralement son image de beau gosse dans la défroque de ce flic ordurier et alcoolo (il va jusque à gerber sur un suspect a la fin d'une longue course-poursuite à pied). Mais c'est surtout pour la confrontation de deux mondes opposés et la mise en abime de leur fonctionnement que le film s'avère à part.


En effet, Dead Bang évoque le clivage des grandes villes (Los Angeles en l’occurrence) et du Midwest (la seconde moitié se déroule en rase campagne) à travers l'enquête forcené d'un flic seul contre tous, qui va relier un braquage sanguinolent dans le ghetto californien à un gigantesque réseau d'adorateurs néo-nazis connu de tous dans le Sud. D'ailleurs, la base scénaristique n'est pas sans rappeler l’intéressant film de Costa-Gavras Betrayed (La Main Droite du Diable en VF) sorti l'année précédente, paradoxalement malgré des intentions plus commerciales le film de Frankenheimer s'avère au final plus incisif et pertinent que le Gavras, qui lui péchait par une prévisibilité et des raccourcis assez décevants de sa part. Chez Frankenheimer, il suffit de poser sa caméra l'air de rien et on en apprend bien plus, d'autant qu'il s'est effectivement documenté sur la situation avant de tourner quoi que ce soit.
Mais le film se permet également de vrais morceaux de bravoure qui restent dans la mémoire du spectateur, surtout cet excellent final où le style de Frankenheimer prend tout son sens : un long gunfight dans une caverne où les cadres étouffants se multiplient (longue focale oblige) et accroissant l'air de rien la tension au détriment du spectaculaire. L'art du climax dans toute sa splendeur et tel qu'on le verra régulièrement chez lui dans les années 90 (le doublé Ronin et Reindeer Games)


Voilà un exemple idéal de film policier qui passe le cap des années avec grâce, prouvant aussi que la carrière de John Frankenheimer ne s’arrêtait pas à l’Opération Diabolique et que sa période 80's est loin d'être jalonnée de film mineurs ou impersonnels (je pense à The Challenge ou même 52 Pick-Up). Dommage qu'un éditeur français ne se soit pas penché sur ce film, il existe néanmoins un z1 américain avec VF peu couteux mais recadré, mais la meilleure édition reste le z2 allemand VOSTA au format respecté sorti chez Warner pour peu que l'absence de piste française ne vous rebute pas. 

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