dimanche 6 janvier 2013
A Battle of Wits, l'intellect au service de la paix
Je dois vous faire une confidence, j'ai une sainte horreur de cette vague de films en costumes surfriqués venues de Chine : souvent impersonnels, plus attachés à bien montrer ses milliers de figurants et blindé d'une pseudo-propagande nationaliste, ces films sont le reflet même du nouveau cinéma chinois, qui commencent à employer les mêmes méthodes restrictives artistiquement qu'Hollywood sont couvert de se racheter une image auprès du grand public qui en veut toujours plus en termes de gros budget. Plus de pognon, moins d'âme, enfin c’était du moins ce que je pensais avant de voir Seven Swords, Detective Dee de l'inoxydable Tsui Hark et l'outsider A Battle of Wits du méconnu Jacob Cheung, qui en deux films m'a bluffé par sa perception pure des rapports humains (son Cageman dont je parlerais bientôt est du même niveau).
Ca va passer pour de la provocation, mais pour moi A Battle of Wits réussit là où Woo n'avait pas osé s'engouffrer dans la deuxième partie des Trois Royaumes : l'aspect stratégique et humain d'un conflit guerrier, et apporte en prime une portée philosophique brillamment amenée au sein de l'histoire sans jamais tomber des travers moralistes à la noix. En plus de cela, le film jouit des avantages de la co-production japonaise évitant ainsi les écueils nationalistes et surtout l'emploi de techniciens japonais qui restent les meilleurs en termes d'esthétisme, pour peu que l'on leur donne les moyens de leurs ambitions avec une image très ambrée, presque westernienne qui m'a fait regretter de ne pas avoir vu le film sur un support HD tellement il y avait une véritable identité visuelle.
Mais revenons-en au fond du film, qui reste l'un des films de guerre les plus interessants qu'il m'ait été donné de voir ces derniers temps : prenant racine dans une structure de film de siège, A Battle of Wits va tisser lentement des tensions internes, Cheung ne se contentant pas de filmer les hautes sphères du palais, il va aussi s'attacher à donner du corps aux civils et instaurer un vrai climat oppressant où le personnage joué par Andy Lau va être au centre de toutes les discussions, entre ceux qui contestent ses ordres, ceux qui veulent juste fuir et les autres qui lui obéissent aveuglément. Le film s'attache donc davantage aux enjeux humains qu'aux batailles qui n'ont finalement qu'une place symbolique et demeurent avares en money shots, pour mieux étaler leur aspect très stratégique et calculé (dans le film, le village comptant 4000 personnes doit résister à une armée de 100.000 soldats) avec usages de pièges et autres techniques visant à maximiser leur force défensive, montrant de façon convaincante l'importance d'une préparation avant une bataille. Pour autant, le film n'est aucun cas une apologie de l'auto-défense, le personnage de philosophe Mozi (qui s'oppose a l'idéologie confucéenne) joué par Andy Lau (impérial et sobre comme toujours), l'homme providentiel qui va retrouver meneur de guerre se refuse à un massacre généralisé en minimisant les pertes ennemies, en jouant plus la carte de l'intimidation, tout en se positionnant devant l'injustice numérique du conflit et en essayant tant bien que mal de raisonner une sphère politique peu encline à se laisser dompter pour un homme venu de nulle part.
Le film pose donc un regard désenchanté sur les hommes qui ne croient ni aux valeurs spirituelles, ni à la stratégie, ni au respect de l'adversaire, retournant leur veste au moindre écart pour préserver leur statut. Mais il fourmille aussi d'une multitude de détails historiques rarement vus de souvenir dans des films chinois comme l'exploration de la pensée Mozi (bien la première fois que j'en entends parler et j'ai trouvé ça passionnant) ou bien de la présence d'esclaves venus d'Afrique, en atteste un personnage noir qui va se joindre à la cause de Lau et rien que pour ça, A Battle Of Wits mérite aisément sa place parmi mes films en costumes chinois actuels préférés !
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